Étude de cas 4 : Une hérédité cytoplasmique des caractères...Comment est-ce possible ?
Les cellules eucaryotes possèdent, outre le génome nucléaire, un deuxième système génétique constitué par les génomes des organites tels que les mitochondries et les chloroplastes. Ces organites sont d'anciennes bactéries phagocytés par des cellules eucaryotes et qui ont établi une relation symbiotique (endosymbiose cf étude de cas 3).
-Une hérédité mitochondriale :
Les mitochondries sont les organites où se déroulent la respiration cellulaire. Chaque cellule renferme, dans son cytoplasme, plusieurs dizaines ou centaines de mitochondries qui se divisent indépendamment du noyau et sont réparties au hasard lors des divisions cellulaires.
Lors de la fécondation, le spermatozoïde apporte un noyau d'origine paternelle qui va fusionner avec le noyau de l'ovule, d'origine maternelle, mais le cytoplasme de la cellule oeuf ainsi réalisé est exclusivement d'origine maternelle.Par conséquent les maladies mitochondriales sont des maladies à transmission maternelle exclusive (mode de transmission non mendélien, extrachromosomique).
- Les conséquences de cette endosymbiose dans la reproduction des plantes à fleurs : La stérilité mâle mitochondriale
Comme pour les Hommes, les organites, chloroplastes et mitochondries présents dans le gamète mâle (pollen) ne seront pas transmis à la descendance. Des mutations dans le génome des mitochondries de l'ovule entraîne une fleur sans étamines (organes reproducteurs mâles).
Exemple : Plants de thym (Thymus vulgaris) hermaphrodites (avec étamines, à gauche) et mâle-stérile (sans étamines, à droite) par suite de la présence de mitochondries mâles-stérilisantes. Les fleurs des plantes mâles-stériles sont souvent plus petites car le dépôt d’une quantité de pollen suffisant à féconder les ovules nécessite moins de visites que, dans les fleurs hermaphrodites : cela sélectionne des fleurs moins visibles, donc moins coûteuses. © Cliché M.-A. Selosse.

Ceci provoque donc, comme chez le thym, l’apparition d’individus sans pollen ni étamine : mais au bout de quelques temps, lorsque la stérilité mâle devient abondante puisque les mitochondries responsables sont plus nombreuses, le pollen devient plus rare. Les plantes qui produisent encore du pollen ont alors un avantage au niveau des gènes nucléaires : elles sont "pères" de beaucoup de descendants. Cela ne profite pas à leurs mitochondries, certes, mais du point de vue des gènes du noyau, il vaut alors mieux être dans un grain de pollen. Donc, quand la stérilité mâle devient fréquente, toute mutation nucléaire qui restaure la fertilité mâle en bloquant le mécanisme stérilisant est sélectionnée. On a donc des conflits entre l'information génétique du noyau et celle des mitochondries.
Mais les couples mutation stérilisante mitochondriale/ gène nucléaire restaurateur correspondant ne sont pas les mêmes entre espèces proches, ou entre populations. Cette stérilité contribue à limiter les échanges génétiques entre deux espèces ou deux populations, car elle génère des descendants à vigueur reproductive moindre. Elle instaure donc un isolement reproducteur, prémice à la création de nouvelles espèces.